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Convoi funèbre de Jean sans peur
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Dôme de la tour sud
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Nef de la collégiale
Photos de G. Blanchet et X d'avant 1940.
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Chapelle St Loup
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Chapelle St Honoré ou St Joseph
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Chapelle du chevet
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St Maurice de Montereau retrouvé au musée de Cluny à Paris (Photo J.M.)
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Chapelle St Nicolas
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Chapelle St Louis
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Retable du XVIe siècle (classé) de la chapelle St Claude
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Vitrail du Rosaire de F. Chapuis
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Le banc d'Oeuvre

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Croix sculptée (dédicace de 1395 à la Vierge)

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Epée dite de Jean sans peur

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Ste Marthe
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PETITE HISTOIRE DE LA COLLEGIALE DE MONTEREAU
Paule FIEVET
Notre
collégiale a été fondée en 1195 par Michel de Corbeil, archevêque de Sens. On
peut se demander quel lieu de culte possédaient, avant cette date, les
habitants de Montereau. Où se trouvait cette église qui, d'après un document
de Geoffroy de Clervaux cité par Paul Quesvers dans sa Notice
sur l'église Notre-Dame-et-Saint-Loup, reçut en février 1147 la
visite de saint Bernard et fut témoin de ses miracles ? (1) Était-elle, comme le
pensait ce même Paul Quesvers, située à l'angle de l'actuelle place au Blé, ce
qui la laissait « hors les murs » et donc vulnérable? (2) Ou bien
s'élevait-elle déjà sur le site de la collégiale, sous laquelle ses restes
dormiraient? Rien n'est moins sûr, aucun document n'a jusqu'à ce jour prouvé
quoi que ce soit. Mais revenons à la collégiale. Fondée pour abriter un
chapitre de chanoines, elle garde en ses pierres le souvenir des siècles qui
l'ont vue naître et s'élever au coeur de la cité.
- Fin du XIIe siècle
: le soubassement de la tour nord et les quatre piliers qui la soutiennent à
l'intérieur
- XIIIe siècle: les chapelles
de l'abside et les bases des piliers de la grande nef
- XIVe siècle: les colonnes
fasciculées de la nef et les chapelles latérales nord
- XVe siècle : les chapelles
latérales sud et la sacristie,
- XVIe
siècle : la tour sud, le portail, les contreforts de l'abside, les fenêtres de
la nef et du choeur.
Jusqu'au XVIIIe siècle, la collégiale resta propriété du
chapitre Notre-Dame. Une de ses chapelles, dédiée à saint Loup, servait de
paroisse aux habitants de Montereau, qui jouissaient également d'une sacristie
et d'une entrée particulière dont on distingue encore la petite porte sur la
rue Jean Jaurès. C'était souvent l'un des chanoines de la collégiale qui
officiait comme curé de cette paroisse, dont le vocable honorait la mémoire de
saint Loup (573-623), évêque de Sens et petit-fils de Clovis, connu pour son
courage et sa modestie, victime de calomnies et même exilé dans la Somme qu'il
évangélisa. La légende veut qu'à son retour à Sens, la grosse cloche de la
cathédrale ait sonné spontanément pour l'accueillir (3).
Le 1er juin 1772, le chapitre Notre-Dame fut
supprimé par ordonnance de Paul d'Albert de Luynes, archevêque de Sens, et la
collégiale devenue église paroissiale prit le double vocable de Notre-Dame et
Saint-Loup pour en perpétuer le souvenir.
Plusieurs événements la marquèrent tout au long des siècles :
Jean sans Peur y fut provisoirement enterré après avoir été tué sur le pont de
Montereau en 1419. Marie Leczinska s'y arrêta le temps d'une messe en 1725,
quelques jours avant son mariage avec Louis XV à Fontainebleau. Les guerres de
Religion, la Révolution, la campagne napoléonienne de 1814, les bombardements
de 1940 la mutilèrent tour à tour. Aujourd'hui dégagée des échoppes, des maisons,
puis des dépendances de l'ancienne tannerie qui l'enserraient étroitement,
elle se dresse, émouvante et vénérable, au-dessus de la verdure qui borde le
fleuve. Le promeneur a tout loisir de l'admirer dans son ensemble.
Arrêtons-nous
quelques instants sur la place du Parvis, près de la fontaine. La façade
occidentale est sans doute la plus meurtrie. Le portail, de style ogival et
Renaissance tout à la fois, mal restauré en 1839, garde peu de traces du
Jugement Dernier qui figurait à son tympan. Les niches occupées par les Apôtres
sont vides, seule une Vierge du XIVe siècle nous accueille au trumeau, entre
les deux belles portes de bois du XVIe siècle. La rosace détruite en 1940 n'est
plus qu'un fantôme de béton.
La
petite porte Renaissance qui s'ouvre sous la tour nord est mieux conservée. Sa
voûte compartimentée présente une gracieuse décoration de têtes d'angelots
alternant avec des rosaces de feuillage. La tour, dont le soubassement est du
XIIe siècle, s'appuie de haut en bas sur des contreforts d'angle. Une vis de
cent cinquante-quatre marches conduit à sa plate-forme, ornée d'une balustrade
de pierre et de quatre clochetons du XVe siècle. La première rangée de fenêtres
géminées date du XIIIe siècle, la rangée supérieure du XIVe.
C'est dans cette tour que se trouvent les cloches,
actuellement au nombre de trois. La plus grosse, Maria Frederica Paula Carola
Maximiliana, ré bémol, date de 1842 et pèse 1250 kg. La moyenne, Paula Amelia,
mi bémol, date également de 1842 et pèse 1000 kg. La petite, Catarina Maria
Margarita Jacoba, fa, refondue après la guerre de 1940, fut baptisée en 1958 en
présence de Mgr Debray, évêque de Meaux, ses parrain et marraine étant
respectivement M. Jacques Garnier et Mme Boivin. Dans les siècles passés,
l'histoire des cloches fut assez mouvementée; tout était prétexte à sonneries
et les cloches, trop sollicitées, se fêlèrent maintes fois. L'archevêque de
Sens dut intervenir en 1721 pour calmer le zèle des sonneurs souvent ivres. A
la Révolution, trois des quatre cloches de la collégiale furent
réquisitionnées, de même que celles des autres églises alors existantes ou
désaffectées de Montereau: Saint-Nicolas, Saint-Maurice, Saint-Jean et le
couvent des Récollets.
La tour sud date du
XVIe siècle. Elle était autrefois surmontée d'un dôme peu solide qui fut démoli
en juin 1810. Une vis de cent soixante marches conduit à son sommet.
Poursuivons notre promenade vers le côté sud. Là se
trouvaient les demeures des chanoines, séparées de l'église par une simple
ruelle. Après trois grandes fenêtres du XVe siècle, autrefois richement
sculptées, s'ouvre une petite porte à cintre surbaissé; c'était la porte
particulière des chanoines pour se rendre aux offices. Une tourelle d'escalier,
aux sculptures délicates dans le goût du XVe siècle, occupe une encoignure
entre deux chapelles.
Sur cette façade sud, exposée au soleil, l'existence de
cadrans solaires paraît normale, mais leur nombre peut étonner. Ils sont
réduits à l'état de vestiges, souvent à demi effacés, et privés maintenant de
leur style, ou tige qui portait l'ombre (4). Le plus curieux d'entre eux se
trouve au niveau du premier tuyau de gouttière, qui cache un peu sa partie
gauche. Le mur n'étant pas parfaitement plein sud, le tracé en est un peu
déformé: c'est un cadran déclinant. De nombreuses lignes encore visibles s'y
entrecroisent: les heures solaires, de 6 h du matin à 4 h du soir, la droite
d'équinoxe, et les courbes des solstices (fig. 1). Sur la courbe du solstice
d'hiver, en haut, sont inscrites les heures babyloniques, allant de 1 à 8,
ancien système comptant les heures écoulées depuis le lever du soleil (fig. 2).
Sur la courbe du solstice d'été, en bas, sont inscrites les heures italiques,
allant de 12 à 21, ancien système comptant les heures écoulées depuis le
coucher du soleil (fig. 3). En vogue aux XVIIe et XVIIIe siècles, ce type de
cadran permettait de calculer la durée du jour.

Exemple: il est 10 h au soleil, le soleil s'inscrit dans la
4e heure babylonique, il s'est donc levé à 10 - 4 = 6 h. Il
s'inscrit également dans la 16e heure
italique, il reste donc 24 - 16 = 8 heures
de jour, il se couchera à 18 h. Le jour aura duré 12
heures, nous sommes à l'équinoxe (fig. 4).
Les
autres cadrans de la collégiale indiquaient simplement les heures solaires,
inscrites en cercles, demi-cercles ou portions de cercle. Sur ce même mur sud,
on en découvre un entre les deuxième et troisième verrières, sous le motif
sculpté ; il mentionnait simplement les heures de 10 h du matin à 2 h de
l'après-midi (fig. 5). En dépassant la tourelle ouvragée, on en découvre trois
autres sur le mur soutenant le dernier pignon latéral, un circulaire et de
petite taille, et deux demi-circulaires et munis de chiffres romains bien
apparents. Un sixième cadran, en demi-cercle, est en outre visible sur la
façade du parvis, tout en haut de l'édifice, à gauche de la petite porte
ouvrant dans le pignon central.
L'abside
se dresse, élégante, au-dessus des jardins fleuris. Elle a conservé quatre
arcs-boutants du XVIe siècle, seuls survivants des douze qui furent alors
construits pour soutenir les murs des parties hautes de la nef. Une inscription
gravée dans la pierre de l'église au niveau du chemin de ronde fait état d'un
grand vent qui provoqua en 1739 la chute des quatre
arcs-boutants du côté nord; une autre inscription mentionne qu'une arcade du
côté sud est tombée en 1783, les trois autres ont dû
disparaître dans le courant du XVIIIe siècle. La Révolution vint arrêter tout
projet de consolidation de l'église, pourtant bien nécessaire.
Sur la
rue Jean Jaurès, on remarque l'ancienne porte Saint Loup, jadis entrée particulière
des habitants de Montereau qui avaient leur paroisse dans une chapelle de la
collégiale. De sa luxueuse décoration de niches, de pinacles et de statuettes,
il ne reste aujourd'hui qu'un gros chou frisé. Pénétrons maintenant à
l'intérieur de la collégiale.
Cet
édifice a la particularité de ne pas posséder de transept proprement dit, mais
plutôt une travée supplémentaire, reliant les cinq travées de la nef aux
chapelles absidiales. Bien que sa construction ait duré près de quatre siècles,
l'unité du plan initial semble avoir été respectée et l'ensemble se présente de
façon très harmonieuse.
La
base des piliers de la nef fut posée dès le XVIIIe siècle, mais les piliers
eux-mêmes datent du XIVe, et ce n'est qu'au XVIe que s'élevèrent les parties
hautes coiffées de la voûte. Une voûte peu solide semble-t-il, car quelques
années seulement après sa construction elle menaçait déjà se s'effondrer sur le
maître-autel, que l'on évacua. Refaite de bois dès le début du XVIIe siècle,
elle subsista jusqu'en 1869, date à laquelle M. Lebeuf de
Montgermont, alors maire de la ville, la fit rebâtir en briques creuses. Puis
ce fut le bombardement de 1940.
Au-dessus des arches, une corniche délicatement sculptée
court tout au long de la nef. Cette dernière était jadis pavée de pierres
tombales, car il était de coutume que seigneurs, notables et chanoines soient
enterrés dans l'église. La plupart des épitaphes disparurent entre 1834 et
1854, lorsque le dallage de l'église fut refait en carreaux blancs et noirs
(ceux-là mêmes qui recouvrent encore les allées des bas-côtés). Ce nouveau
dallage fut détruit en 1940 au niveau de la nef, laquelle resta quelques années
en simple terre battues avant de recevoir le dallage actuel; on dut l'habiller
de sable pour accueillir plus décemment Notre-Dame de Boulogne en 1945. On
distingue encore au pied du grand portail deux pierres tombales très effacées.
Une troisième, de marbre noir, a été conservée sur le mur près de la chapelle
Saint Loup.
Un
buffet d'orgues du XVIIIe siècle occupait jusqu'en 1940 l'espace compris entre
la rosace aujourd'hui murée et le grand portail.
De l'ancien choeur, complètement sinistré par le bombardement
de 1940, il ne reste rien. La grille à lances dorées, qui depuis 1831 en
faisait le tour, a disparu sous les décombres ainsi que le maître-autel dont
l'emplacement est aujourd'hui occupé par un orgue de facture moderne. L'autel
actuel, de bois sculpté, n'est autre qu'un reste de banc d'oeuvre, seul vestige
de l'ancien mobilier de la nef. Les quatre piliers du choeur, couverts de
peintures et de dorures au XVIIe siècle, puis badigeonnés de chaux jaune comme
le reste de l'église en 1832 pour enrayer une épidémie de choléra, ont retrouvé
leur teinte originelle après grattage à la fin du XIXe siècle. Trois grands
tableaux, accrochés entre ces piliers, fermaient jadis le choeur; en
1723 ; pour dégager la vue sur la chapelle du chevet nouvellement
consacrée à la Vierge, on les remonta en les accrochant au mur sous les
verrières du choeur, en même temps que l'on changeait le maître-autel. Les
vitraux actuels sont modernes, exécutés et pris en charge, après la guerre, par
M. Bray, architecte des Monuments historiques, pour remplacer une Adoration
des Mages fortement endommagée durant la bataille de Napoléon en 1814 et
détruite en 1940. Les deux vitraux de gauche représentent l'Annonciation, ceux
du centre le Couronnement de la Vierge et le Christ, ceux de
droite la Vierge écrasant le Mal et saint Loup patron de cette
église.
On remarque, accrochée à un pilier du choeur, l'épée dite de
Jean sans Peur. Sa forme laisse à penser que cette épée daterait du XVIIe
siècle plutôt que du XVe. Il semble d'ailleurs que la véritable épée de Jean
sans Peur a été détruite par vandalisme à la Révolution (5).
Mais ce sont les chapelles latérales, sises de part et
d'autre des bas-côtés, qui racontent le mieux l'histoire de cette église et la
vie de ses paroissiens. Celles du côté nord furent construites au XIVe siècle,
celles du côté sud au XVe. Une grille de fer forgé, installée entre 1822 et
1834, borde l'ensemble de ces chapelles, et porte le monogramme des saints qui
y étaient honorés.
Du côté sud, les deux premières travées correspondent à la
paroisse des habitants, avec la «petite» sacristie et la chapelle Saint Loup
fermée par une haute grille marquée de son monogramme. Des restes de peintures
murales témoignent de la volonté des paroissiens de rendre leur lieu de culte
digne d'y maintenir son propre tabernacle, et de lui donner belle allure face à
la richesse de la collégiale des chanoines. Les fonts baptismaux de marbre qui
s'y trouvent sont aujourd'hui désaffectés, les cérémonies de baptême se
déroulant désormais de façon plus communautaire dans le choeur.
Le bas-côté sud conserve une magnifique clé de voûte
Renaissance dans une chapelle voisine, primitivement consacrée à saint Honoré,
mais que le XIXe siècle avait dédié à saint Joseph, dont le monogramme figure
sur la grille.
Tous les vitraux de ces chapelles sud,
posés au XVIe et XIXe siècles, ont disparu dans les bombardements de la
dernière guerre. Mais les chapelles, relativement épargnées, ont accueilli
pendant un certain temps la célébration des offices paroissiaux, le reste de
l'église étant inutilisable; un petit mur de briques les séparait des décombres.
Leur
faisant suite, s'ouvre la porte des Chanoines, empruntée jadis par ces derniers
lorsqu'ils traversaient la ruelle pour se rendre à la collégiale. A la place
de la chaufferie actuelle s'élevait autrefois une chapelle dédiée à saint
Jacques; elle était ornée d'une jolie piscine, encore visible à la fin du
siècle dernier et supprimée parce que ses sculptures flamboyantes débordaient
le mur ! La petite tourelle qui la sépare de la sacristie abritait le Trésor,
elle était encore en service en 1887 lorsque Paul Quesvers publia sa Notice.
Quant à la sacristie, on peut regretter que la pose de placards - au
demeurant fort utiles - ait entraîné la détérioration de sa belle architecture
du XVe siècle en brisant les nervures de sa voûte, où figurent les instruments
de la Passion.
Dans
cette même travée, au-dessus de la porte de la sacristie, un tableau de grande
dimension représente une Mise au Tombeau. Il est
attribué à Frère Luc, Récollet (1614-1685). La comparaison avec d'autres
tableaux ou gravures du Frère Luc a conduit à penser que la Mise au Tombeau de
Montereau aurait été réalisée vers 1650-1660. C'est un sujet fréquemment traité
au XVIIe siècle. Joseph d'Arimathie, aidé de Nicodème, va déposer le corps de
Jésus dans le sépulcre neuf qu'il s'était fait tailler. Le regard de la Vierge
où se lit toute la détresse d'une mère, le geste touchant de Marie-Madeleine
agenouillée, la stupeur douloureuse de l'apôtre Jean et les larmes des saintes
femmes donnent à cette composition tout en courbes et contre-courbes la
dimension de la tristesse humaine en ce Vendredi Saint. Deux anges sortant de
l'ombre rappellent que Pâques est proche. Le tableau qui présentait une grande
déchirure verticale au niveau du visage de la Vierge, et de nombreux recollages
et repeints du XIXe siècle, a été restauré entre 1990 et 1992 par Dominique
Dollé, grâce au Conseil général de Seine-et-Marne et à la Ville de Montereau,
sous la direction de Monique Billat, conservateur des Antiquités et Objets
d'Art du département de Seine-et-Marne.
Si l'on en croit M. Gittard, dont l'étude manuscrite sur
l'église Notre Dame et Saint Loup peut être consultée aux Archives communales,
cette Mise au Tombeau, qu'il appelle Descente de Croix, serait
l'un des trois tableaux qui fermaient le choeur au XVIIIe siècle. Lors de la
réfection de la voûte de l'église en 1869, on les décrocha, détruits par
l'usure; un seul survécut, lui-même en fort mauvais état. Ce serait la Mise
au Tombeau.
Nous abordons maintenant l'abside, construite dès le
XIIIe siècle. C'est la partie de l'église au style le
plus pur. Toute l'église était prévue dans ce style mais le manque de
ressources financières en a fait s'étaler la construction sur trois siècles. En
1864, le chevet qui avait été dégradé par de constants dépôts de détritus dans
l'étroite ruelle qui longeait son mur, fut reconstruit scrupuleusement suivant
les plans anciens.
La première des chapelles fut d'abord dédiée à saint Roch
mais, dès le début du XIXe siècle, les deux patronnes en furent sainte Anne et
sainte Geneviève, comme l'attestent les deux monogrammes de la grille. Le bel
autel de chêne qui l'occupe n'est autre que le maître-autel installé dans le
choeur par le Chapitre en 1723, en remplacement d'un autre beaucoup plus
volumineux qui cachait la vue des chapelles absidiales. Il fut à son tour
remplacé au début du XXe siècle par un autel de pierre sculptée, et déposé dans
la chapelle Saint Joseph, ce qui le sauva du sinistre car cette partie sud de
l'église fut épargnée en 1940. Il retrouva son rôle de maître-autel, à cette
place-là d'abord pendant la restauration du reste de l'église, puis dans le
choeur. C'est à la suite des changements liturgiques qu'il devint l'autel de
la chapelle Sainte-Anne. Sur le mur de droite, un tableau représente sainte
Anne instruisant la Vierge Marie enfant. Il ne reste rien des vitraux de
facture assez médiocre qui ornaient les fenêtres.
Consacrée jadis à saint Michel, la chapelle du chevet devint
en 1723 celle de la Vierge, pour ménager aux paroissiens un espace propice à
leurs dévotions. Devenue trop exiguë, elle fut au XIX° siècle abandonnée au
profit des chapelles du bas-côté nord, et abrita le Saint-Sacrement, comme en
témoignent les monogrammes de la grille. Dans cette chapelle, reconstruite en
1864 dans le style du XIIIe siècle, l'autel de pierre, les peintures et les
boiseries, financés par des dons de paroissiens, datent de cette restauration.
Ils furent épargnés par le bombardement de 1940; seuls les vitraux - des
grisailles et des scènes de la vie de la Vierge - furent détruits et remplacés,
dès 1958, aux frais de la paroisse, par la verrière actuelle exécutée d'après
les cartons du maître François Chapuis. Elle représente les mystères du
Rosaire et fut bénie par Mgr Debray lors de la cérémonie du baptême de la
petite cloche (6).

Verrières
de la chapelle du chevet:
1.
Annonciation. - 2. Marie rendit visite à sa cousine. - 3. Naissance de Jésus
(Noël). - 4. Sa présentation au Temple. - 5. Jésus prêche la bonne Nouvelle. -
6. Jésus prie au Jardin des Oliviers. - 7. Il est flagellé après son
arrestation. - 8. Il est couronné d'épines. - 9. Il porte sa croix. - 10. Jésus
est crucifié (Vendredi Saint). - 11. Résurrection de Jésus (Pâques). - 12. Il
monte au Ciel (Ascension). - 13. Les Apôtres reçoivent l'esprit de Dieu, sous
forme de flammes (Pentecôte). - 14. Marie reine des anges. - 15.
Couronnement de la Vierge Marie.
La chapelle suivante était, avant la
Révolution, celle des mariniers, fort nombreux à cette époque à Montereau. Ils
y vénéraient leur patron saint Nicolas. Un petit navire était suspendu à la
clef de voûte, avec ses voiles et ses agrès ; il disparut lors de la
reconstruction de la chapelle en 1864. Comme disparut également une vieille
statue de bois, du XVe siècle, qui y avait trouvé refuge à la Révolution. Elle
représentait saint Maurice à cheval et provenait sans doute de l'église du même
nom dans le faubourg. On la retrouva, quelques années plus tard, au Musée de
Cluny à Paris, transformée en «Jeanne d'Arc du XVe siècle retrouvée à
Montereau»! Les monogrammes de la grille laissent supposer que cette chapelle
était également dédiée à saint Edme. Montereau a longtemps fait partie du
diocèse de Sens sur le territoire duquel se trouvait l'abbaye de Pontigny, lieu
de fervente dévotion à saint Edme; on peut penser que la renommée de ce saint
était venue jusqu'à Montereau. Sur le mur de droite, une plaque mutilée
conserve les noms des morts de 1914-1918.
Nous quittons maintenant l'abside et retrouvons
les chapelles latérales nord. On remarque de suite le beau retable de chêne
sculpté qui orne tout un mur de la chapelle autrefois consacrée à saint Louis ;
il date du XVIIe siècle et perdit en 1940 la
statue de saint Louis qu'il abritait dans la niche supérieure. Cette chapelle a
particulièrement souffert lors de ce bombardement ; le mur du fond, gravement
sinistré, fut reconstruit grâce à des réemplois de la tannerie voisine,
détruite elle aussi. Sur ce mur deux plaques rappellent le souvenir de messire
Charles-Jacques Bourgoin, saint prêtre né en 1795, qui
passa dans cette collégiale les soixante et un ans de son ministère et fut
unanimement regretté lorsqu'il mourut à quatre-vingt-cinq ans. Profondément
religieux, attentif aux besoins matériels et spirituels de tous ceux qui
frappaient à sa porte, soulageant les misères au point d'y laisser son modeste
revenu, ami fidèle et convivial de ses confrères, il mourut aussi pauvre que
les pauvres qu'il assistait. Une de ses oeuvres lui survit toujours après un
siècle et demi: c'est l'orphelinat de jeunes filles qu'il fonda en 1857 et
installa dans une grande maison bourgeoise à la suite d'un arrangement
financier avec la Ville; cette maison était appelée à devenir la mairie
actuelle dès 1892, et l'orphelinat déménagea dans la rue des
Fossés où il existe toujours sous le nom de Foyer Saint Loup.
Au-dessus du
confessionnal, le tableau représentant sainte Geneviève bergère provient
probablement de la chapelle consacrée à cette sainte. Trois écussons, sur le
mur du fond, symbolisent les jumelages établis depuis la dernière guerre entre
Montereau et Otley (Grande-Bretagne) et Waldürn (Allemagne).
L'ensemble
des trois chapelles suivantes, qu'aucune grille ne séparait, devint au XIXe
siècle la chapelle de la Vierge. Ces trois chapelles qui datent du XIVe siècle
étaient respectivement consacrées à saint Claude, saint Antoine et saint Firmin.
Le magnifique retable
de la chapelle Saint-Claude servit tout naturellement de décor à l'autel,
beaucoup plus récent, de la Vierge. Ce retable de pierre avait été offert au
XVIe siècle par un seigneur de Marolles, Louis II de Poisieux, dont la famille
avait ici son caveau, et dont les armoiries figurent dans les coins supérieurs.
Ce bel ouvrage est composé d'un grand arc brisé mouluré à trois gorges, dont
l'une est ornée de grappes de raisin et de ceps de vigne où s'accrochent deux
enfants. De petites arcatures surmontent ce grand arceau, sous lequel trois
niches couronnées de dais en forme de clochetons délicatement ajourés abritaient
des statues anciennes, que celles existant actuellement remplacent
difficilement. L'ensemble est encadré par deux demi arcs en accolade. Sur la
droite se trouve une piscine abritée sous un dais élégamment sculpté. Le mur,
au-dessus du monument, laisse voir un reste de fresque peu lisible. Différents
vitraux donnés par la famille du seigneur de Marolles ont disparu au cours des
âges, ainsi que des tableaux.
Nous savons par un document daté de 1520 que la travée
suivante correspondait à la chapelle Saint-Antoine, auquel on aurait même
associé à un certain moment saint Sulpice. Plusieurs textes s'accordent pour
affirmer que le corps de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, fut inhumé au
lendemain de son meurtre devant l'autel de cette chapelle, après avoir été
veillé toute la nuit dans un moulin voisin par M. Macé Bonnet, curé de cette
église. À cette époque, des moulins étaient en effet en fonctionnement sur les
ponts. Ce meurtre eut lieu en 1419, lors d'une entrevue sur le pont de l'Yonne
entre le dauphin, futur Charles VII, et le duc de Bourgogne Jean sans Peur,
entrevue destinée à mettre fin à la longue guerre où s'affrontaient les
Armagnacs et les Bourguignons, et à bouter hors de France les Anglais, alliés
des Bourguignons. L'année suivante, Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur,
prit d'assaut la ville de Montereau, exhuma les pauvres restes de son père et
les transféra en l'église de Chartreux de Dijon; le tombeau se trouve
maintenant au musée du Palais Ducal.
La travée voisine était consacrée à saint Firmin. Là, se
trouvaient les fonts baptismaux, logiquement installés près de la petite porte
de la paroisse, où les futurs baptisés étaient accueillis. Ils furent déplacés
dans la chapelle Saint Loup lors de la réfection du dallage des parties latérales
en 1854. Les fenêtres de cette chapelle, obstruées pendant cent ans par deux
échoppes accrochées aux flancs de l'église, furent dégagées et fort bien
restaurées en 1884. On remarque au-dessus du confessionnal un tableau
représentant saint Nicolas, patron des mariniers, auquel une des chapelles de
l'abside était consacrée.
Des croix sculptées sur les murs des chapelles latérales nord
rappelaient avant la Révolution la dédicace qui fut faite de la collégiale,
sous l'invocation de la Vierge, le 31 juillet 1395 par Jean, évêque de Nassau,
député par Guillaume de Dormans, archevêque de Sens. Une seule a échappé aux
mutilations de la Révolution car elle était invisible, cachée derrière un
placard; on la distingue nettement sur le pilier d'angle de la tour, au fond
de la travée.
La collégiale avait, pendant la Révolution, été transformée
en temple de la Raison, où se tenaient les réunions de la Société Populaire de
Montereau, fille de la Société des Jacobins de Paris. On y remisait le char des
fêtes républicaines, on y tenait même banquets et bals. Les offices religieux
avaient été supprimés et remplacés par des parodies civiques telles que baptême
et carême, qui n'eurent qu'un succès passager.
Nous
quittons la collégiale, conscients d'avoir à peine effleuré son mystère.
Combien de documents disparus, combien de documents inexplorés en gardent le
secret. Laissons-la, belle et fragile en ses pierres, mais forte de la foi de
plusieurs dizaines de générations, poursuivre dans la sérénité sa longue traversée
des siècles.
(1) Sauf indication spéciale, tous les
renseignements relatifs à la vie de la collégiale jusqu'à la fin du XIXe siècle sont tirés de la Notice sur l'église
Notre-Dame-et-SaintLoup de Montereau fault-Yonne, de Paul QUESVERS, ancien
trésorier de la Fabrique, Imprimerie L. Pardé, 1887. C'est à la suite de
patientes recherches dans les archives de la Fabrique qu'il publia cette Notice;
il avait le projet de la compléter, avec le reste abondant de ses notes,
par une Histoire du Chapitre Notre-Dame de Montereau faultYonne qu'il
ne semble pas avoir eu le temps de rédiger.
(2)
QUESVERS (Paul), Le vieux Montereau, Louis Pardé, 1891, p. 132.
(3)
ENGLEBERT (Père Orner), La Fleur des Saints, Albin Michel, 1984.
(4) Renseignements recueillis lors d'une conférence donnée au
C.E.R.H.A.M.E. par M. Dominique Lucet, le 16 novembre 1991, sur les cadrans
solaires de l'église de Montereau.
(5) GOUGE (Patrick) et MARAIS (Jean), Montereau
au temps de la Révolution, 1789-1799, C.E.R.H.A.M.E, 1989,p.125
Edité dans : Au cœur de
Montereau, la collégiale Notre Dame et Saint Loup. Centre d’études et de
recherches archéologiques de Montereau et environs, 1995. 93 p.ill ; 25 cm
(Cahiers Monterelais 2 Bibliothèque Diocesaine Guillaume Briçonnet 4.251.1995
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